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Ecole d’anthropologie pragmatique
Origine, objectifs, fonctionnement

Créé en 2004, l’école d’anthropologie pragmatique a trouvé son impulsion première au cœur des réflexions menées par un petit groupe de thérapeutes réunis autour du Dr René Gandolfi, dès les années 1980. Au début, le questionnement portait essentiellement sur la pathologie et plus exactement sur son sens dans le paysage humain. En effet, face à l’efficacité redoutable de la médecine moderne et son arsenal de technicité, la maladie fut irrémédiablement reléguée comme un ennemi extérieur à l’être venant jouer les troubles fêtes dans le cours normal de la vie. Un accident mécanique en somme contre lequel il fallait lutter sans plus se questionner. Cette attitude irrationnellement optimiste, favorisa le développement de toute une panoplie d’approches thérapeutiques dites parallèles au statut scientifique difficilement cernable. Après une exploration poussée de diverses voies médicales, René Gandolfi opta pour l’homéopathie mais chercha aussitôt à étayer son approche et enrichir sa pratique par l’exploration des voies moins spécifiquement médicales.

Deux pistes de recherche s’imposèrent alors :
- La psychanalyse d’une part, qui, avec des chercheurs comme Ferenczi et Groddeck, fit, dès son origine, une large place à l’exploration de liens entre la construction psychique et le fonctionnement physiologique.
- La philosophie occidentale d’autre part, qui permettait de réintroduire une pensée du corps par trop négligée en raison de la séparation radicale entre les sciences et la philosophie depuis le XIXème siècle.
La rencontre fut fructueuse et le résultat presque inespéré. La dialectique entre l’âme et le corps, au centre de la philosophie depuis ses balbutiements présocratiques, ouvraient la voie à nombres de questions fondamentales jusqu’alors inexploitées par les sciences. La recherche de l’école trouva notamment appui dans les thèses de Kant qui proposa la mise en place d’une anthropologie des sens rendant compte de manière scientifique de la rencontre du sujet avec le monde et des processus fondamentaux à l’origine de la venue d’un sujet conscient. Cette recherche inspirée du livre d’Emmanuel Kant « l’anthropologie pragmatique » conféra son nom à l’école.

C’est à la lumière de cette réunion entre la médecine, la psychanalyse et la philosophie que l’école trouva son orientation décisive élaborant une véritable anthropologie du sujet : un sujet qui retrouvait à la fois son unité temporelle et son intégrité physiologique. L’école ne cessa alors d’explorer les divers champs disciplinaires venant nourrir la compréhension de ce sujet tout à la fois promoteur de l’histoire du monde et produit de cette histoire.

En puisant dans les acquis de la pensée analytique ainsi que dans les avancées philosophiques de la phénoménologie hégélienne, il devient aujourd’hui possible d’accéder à la synthèse effective du sujet en incluant de façon dynamique la sphère physiologique. Seule la mise en résonance de tous les éléments, des plus physiques aux plus abstraits qui concourent à la pleine actualisation du sujet, permet de sortir de l’impasse du dualisme traditionnel entre esprit et matière, ou corps et psyché.

L’originalité de l’école est donc de proposer, à partir d’une synthèse des connaissances à la disposition sur le sujet, des outils que chacun pourra d’emblée réinventer pour soi, c’est-à-dire à l’aune de sa propre expérience. Ainsi seulement, la philosophie retrouvera-t-elle la dimension existentielle – au sens de convoquer l’homme comme existant, c’est-à-dire comme celui qui a à être sur la scène du monde – qui lui est propre, qu’elle a perdu mais qu’elle peut et doit retrouver pour que l’homme se retrouve, enfin.

C’est ce mode de questionnement, transversal et transdisciplinaire, que définit la vision symbolique. Le sujet qui ne cesse de se reprendre à ses propres racines comme à son manque fondateur pourra ainsi s’éprouver dans la totalité du monde et déboucher sur une nouvelle génétique de la conscience inséparable de la vie de la matière. Cette conscience, perpétuellement en crise sur la réalité, s’affirme en mettant fin à la série de divisions désastreuses que les sciences modernes ont peu à peu introduites dans la notion même de sujet. L’homme peut retrouver sa pleine cohérence historique en osant assumer les divers moments qui le fondent, y compris ceux qui participent des modalités évolutives encore latentes de son corps.